« Notre stratégie repose sur l’édutainement »


Publié il y a 1 semaine
Emmanuel Mounier et Hélène Etzi à la soirée Unique heritage Media en présence de Mickey
Crédit : © Floutricoeur

Que représente le rachat des magazines publiés par Disney Hachette Presse depuis 1991, pour votre groupe Unique Heritage Media ?

C’est une belle histoire de reprendre en main ces magazines. Nous nous sommes lancés en 2014 avec une simple start-up qui s’appelait Quelle Histoire et éditait des applications numériques pour les enfants. De fil en aiguille, nous sommes devenus un groupe important du secteur des médias en presse écrite, auquel j’ajoute le secteur de l’édition dans son ensemble. Parce que j’englobe les deux secteurs en termes de vision stratégique. Il s’agit du même métier, celui de l’écrit et du développement du goût de la lecture pour les enfants. Notre croissance s’est faite pour l’essentiel par acquisitions.

 

Vous avez en effet déjà repris les titres de Fleurus Presse.

Exactement. Nous avons racheté Fleurus Presse en 2015. Depuis, nous avons par ailleurs beaucoup progressé dans le secteur de l’édition. Nous avons à la fois cette capacité de créer des produits nouveaux et de reprendre des activités plus anciennes pour en assurer la pérennité. Et nous doublons donc de taille avec Disney.

 

Combien de titres Disney figurent dans la corbeille ?

La totalité, soit environ une quinzaine de titres, et un peu plus si l’on compte les hors-séries. Ce sont des titres diversifiés qui vont du plus jeune âge jusqu’à des âges plus élevés, notamment avec Disney Girl ou Le Journal de Mickey. Nos magazines Fleurus Presse sont positionnés sur des gammes similaires, puisque nous allons de 2 ans avec Papoum ou Abricot, jusqu’à 15 ans sur Le Monde des Ados. Et même au-delà auprès de jeunes adultes et millenials avec la gamme de magazines autour des sciences, Tout comprendre. C’est précisément ce qui m’intéressait dans la reprise de tous les magazines Disney : nous avons désormais la capacité d’offrir à tout type de publics une diversité très large de contenus éditoriaux, qui vont du pur divertissement et « edutainment » avec Disney à des contenus plus éducatifs ou sérieux chez Fleurus Presse. Nous disposons désormais de l’offre la plus diversifiée du marché en matière de médias jeunesse.

 

Quel regard portez-vous sur le potentiel des marques et personnages Disney ?

Ce sont des marques qui ont su créer un lien, une proximité avec les enfants, avec une autre façon de développer la curiosité que celle adoptée chez Fleurus Presse. Le Journal de Mickey, qui existe depuis 1934, aborde sous un angle « fun » des sujets qui peuvent être tout à fait sérieux, et permet de développer la curiosité chez les enfants. C’est donc bien de pouvoir marier différentes façons de faire découvrir à l’enfant des sujets d’intérêt pour lui.

 

De quelle manière vos magazines pourraient-ils nourrir les uns les autres ?

Pour l’instant, ce sujet est prématuré. Les équipes vont être amenées à se rencontrer dans le cadre de réunions éditoriales globales. Parce que chacun des produits possède sa ligne éditoriale et doit conserver ce qui fait sa force et sa spécificité. Je ne vais pas uniformiser tous les produits. Pour autant, le potentiel existe pour qu’il y ait des échanges entre les rédactions, qui puissent être mutuellement bénéfiques. A titre d’exemple, nous avons un chef de rubrique Actualités mutualisé sur plusieurs des titres Fleurus Presse. Certains sujets pourront être partagés et mutualisés.

 

Les quinze magazines Disney sont-ils appelés à voir leur ligne éditoriale évoluer ?

A court terme, je n’ai pas prévu d’évolution des lignes et des produits. Je précise que nous avons repris la société Disney Hachette Presse dont nous avons changé le nom, elle s’appelle désormais Unique Heritage Entertainment, mais nous avons également à cette occasion repris l’intégralité des équipes actuelles de la société pour pouvoir continuer d’exploiter les magazines.

 

Vous évoquez la volonté d’orienter ces magazines vers de « nouvelles formes de médias ». C’est-à-dire ?

Aujourd’hui, nous avons des médias sur papier. Ce support a un grand avantage : il est rémanent. Un enfant qui lit un journal imprimé se souvient souvent en détail de ce qu’il a lu. En revanche, nous ne sommes pas très présents sur d’autres formes de médias qui touchent les enfants. Je pense aux vidéos sous un angle éditorial et aux univers digitaux. Nous n’allons pas développer plus de sites internet éditoriaux. Il existe déjà un site pour Le Journal de Mickey, ce qui est une bonne chose. Mais nous allons étudier la manière d’adresser le public lecteur du Journal de Mickey par les moyens médias les plus adéquats. Sont-ils sur Instagram, sur Snapchat ? S’agit-il d’un moyen pour nous d’interagir avec nous ? Nous devons également prendre en compte les contraintes légales, puisque, théoriquement, il n’y a pas d’enfants de moins de treize ans sur les réseaux sociaux. Le fait est qu’il y en a ! Et que de nombreux enfants regardent des chaînes Youtube. Avoir une réflexion autour de contenus purement médias et éditoriaux est quelque chose de fondamental pour nous, pour faire vivre nos marques au-delà même de nos supports écrits. C’est un moyen pour nous de faire de la promotion. Nous ferons évidemment cela en coordination avec Disney, et plutôt à destination des parents.

 

Le fait d’être sous licence pour l’édition et l’exploitation de ces magazines change-t-il quelque chose par rapport à la joint-venture précédente ?

Nous avons les mains plus libres par rapport aux choix de gestion de l’entreprise, de l’optimisation des supports, des moyens de communication, de la collecte des abonnés et des synergies avec le reste de nos activités. Pour ce qui concerne le contenu, la manière de travailler est la même. J’attends par ailleurs de notre position de licencié d’être un vrai partenaire de Disney. Nous allons sans doute beaucoup échanger et travailler dans le futur avec les équipes Disney. Nous sommes dans une démarche entrepreneuriale, de développement de la marque et des produits, ce qui implique un besoin de bonne gestion, tout en bénéficiant d’une grande agilité.

 

Vous parlez de la « lecture comme axe de développement pour la jeunesse ». Comment faites-vous venir la jeunesse à la lecture, à l’heure où les écrans sont partout ?

Grâce à cette reprise, Unique Heritage Media représente désormais un ensemble qui va gérer plus de 550 000 abonnés. L’abonnement représente un moyen pour les parents et les grands-parents de s’assurer que leurs enfants accèdent à la lecture. L’abonnement à des magazines jeunesse, quels qu’ils soient, constitue un cadeau idéal pour Noël, un anniversaire ou pour la rentrée. Notre objectif sera d’aller chercher les publics des parents, des grands-parents ou des prescripteurs comme les enseignants pour leur dire que nous avons des outils qui permettent aux enfants de découvrir la lecture en s’amusant, en développant leur curiosité. Donc, abonnez-les ! L’abonnement est devenu depuis 10 ans un mode de commercialisation très courant et habituel pour les parents, avec le téléphone mobile ou les plateformes de streaming. C’est la promotion de l’abonnement auprès des parents qui va permettre d’amener la lecture dans les foyers. Ensuite, concernant le goût de la lecture pour les enfants, très sincèrement, quand vous leur mettez Picsou Magazine ou Le Journal de Mickey entre les mains, ou nos livres Quelle Histoire, les enfants sont heureux d’avoir un produit à eux. Et pas seulement les amoureux de la lecture. C’est pour eux, et ces enfants lisent. Les parents doivent se rendre compte que la lecture est un moyen pour les enfants de prendre le temps, de se poser, et donc d’apprendre. Nos meilleurs chefs de produits sont les psychologues qui publient de plus en plus d’articles autour de l’exposition aux écrans. Il n’empêche que, comme beaucoup de parents, ce sont des outils que j’utilise moi-même tous les jours… Je pense que les parents eux-mêmes commencent à penser qu’il faut trouver des équilibres entre les différentes formes de médias (presse et digital).

 

Vous mettez en avant le concept de l’« édutainement », le fait d’apprendre en s’amusant. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

C’est le cœur de notre stratégie. Nous développons des produits qui créent un vrai appétit et une vraie curiosité pour les enfants. Le fait qu’il puissent s’amuser avec nos produits autant qu’ils découvrent constitue un point essentiel. Un magazine ou un livre, ce doit être de la lecture et des jeux. Cela permet à l’enfant de développer sa curiosité et de s’amuser avec nos produits. Plus qu’un concept marketing, l’édutainement nous guide pour développer des produits qui s’apparentent à des jeux intelligents, qui font qu’ils s’amusent tout en apprenant.