Xavier Terlet : « Disney fait partie des acteurs qui peuvent informer, sensibiliser, inspirer et amener les familles vers de meilleurs modes de consommation »


Publié il y a 1 année

À l’occasion du 1er rendez-vous des partenaires de Disney Tous En Forme qui s’est tenu ce lundi 16 janvier, nous avons pu échanger avec Xavier Terlet, Président-Fondateur de XTC World Innovation, sur les grandes tendances de l’alimentation pour enfant de demain.

 

TEF - AF Sattonnay / X Terlet

 

En tant que spécialiste de l’innovation alimentaire, pourriez-vous nous décrire en quelques mots les grandes tendances de l’alimentation pour enfants de demain, notamment sur le marché français ?

 

Lorsque l’on parle d’alimentation, on parle avant tout de plaisir. On peut évidemment aussi parler de santé, qui est un courant très fort dans l’alimentaire aujourd’hui, mais ce n’est pas le cœur du sujet. En revanche, cette notion de plaisir est parfois altérée par des éléments extérieurs, comme des éléments éthiques ou encore un manque de praticité, pour cuisiner ou consommer un produit. Mais c’est bien la notion de plaisir qui est au cœur des enjeux de l’alimentation, et notamment de celle des plus petits. L’alimentation fait partie d’une catégorie de plaisirs simples, abordables, et donc nécessaires. Or pour rester dans cette catégorie des plaisirs simples, les produits alimentaires doivent également répondre à un autre enjeu majeur : celui du « réassurement » des parents, qui, au contraire des enfants, sont très attentifs (et le sont de plus en plus) aux valeurs nutritionnelles et à la qualité des produits qu’ils achètent. Il s’agit donc ici d’un équilibre à trouver entre le respect de la responsabilité des parents sur ce qu’ils font manger à leurs enfants et l’attention portée au maintien de du plaisir à manger chez l’enfant. On le voit notamment au travers des tendances des « super légumes » (les brocolis, le chou kale…), des « super fruits » (baie de goji, berrys…) ou encore des « super graines » (quinoa, chia…) qui , du fait de leur naturalité et leur fonctionnalité intrinsèques, sont des exemples de produits alliant plaisir et garantie de santé.

 

Conjointement à ce constat, on remarque aussi une autre tendance forte, notamment sur la marché français : le faire soi même. Cette tendance est d’ailleurs très liée à la notion de plaisir, puisque l’on remarque que tous, adultes comme enfants, éprouvent un plaisir gustatif bien plus fort lorsqu’ils ont vu le produit évoluer, qu’ils l’ont récolté, fait pousser, cuisiné, avant de le consommer. Ceci pourrait donner lieu à une nouvelle forme de proposition alimentaire, entre le repas « tout fait » et le repas « tout à faire » : une gamme de produits « aide pour bien faire ». Encore peu exploitées en France, on voit des gammes de produits émerger dans cette tendance, répondant ainsi à la fois à la notion de plaisir pour les plus petits, qui peuvent participer à l’élaboration du repas, et à la préoccupation des parents, qui connaissent exactement l’origine des repas qu’ils préparent pour leur foyer.

 

On a tendance à penser qu’il est difficile de faire manger des produits sains aux enfants, qu’ils sont souvent moins attractifs. Que pensez-vous de ce constat ? Si vous le partagez, quelles solutions voyez-vous pour contourner ce manque d’appétence a priori ? 

 

Tous les experts le disent, il ne faut pas opposer le plaisir et la santé. C’est d’autant plus vrai lorsque l’on parle d’alimentation pour les enfants. Il est fondamental d’amener naturellement l’enfant vers des produits sains parce qu’ils sont bons, et non parce que c’est une contrainte imposée. Le plaisir est dans le goût, mais aussi plus généralement dans l’expérience et le contexte de consommation d’un produit. En cela, le programme Disney Tous en Forme est une belle initiative et répond à ce constat. Disney a une influence sur les enfants, et est donc en mesure de les amener vers des produits pas directement associés à la notion de plaisir, en le réinstaurant par le biais du contexte de consommation et de tout ce qu’il y a autour du produit en lui-même. Le « faire soi même » que nous évoquions tout à l’heure est aussi un levier énorme pour l’enfant : s’il participe à l’élaboration d’un repas, il en appréciera d’autant plus le goût. On peut presque parler ici de la nécessité d’une pédagogie, d’un accompagnement, jusque dans la consommation d’un produit alimentaire.

 

Au-delà des produits en eux-mêmes, pourriez-vous nous décrire les innovations que vous retenez sur la chaîne de production, de distribution ou de commercialisation des produits alimentaires ?

 

L’arrivée de start-ups, les innovations liées au web et au monde connecté ont une influence sur le marché de l’alimentaire dans son ensemble. Elles permettent un accès plus large à l’information sur les produits. C’est aussi ce que les consommateurs de demain attendent. Les millenials changent le rapport à l’alimentaire. Ils affirment leurs convictions plus rapidement, sont plus volatiles, et font de moins en moins de concession. Ils sont plus attentifs à l’ensemble de la chaîne de production et de distribution des produits qu’ils consomment, et leurs modes de consommation changent (de plus en plus de « production à domicile », de moins en moins de course à la consommation…). Tous les acteurs, producteurs, distributeurs, doivent donc s’adapter pour intégrer cette nouvelle donne à leurs stratégies.

 

Lors du SIAL à Paris, vous insistiez notamment sur la lutte contre le gaspillage. Pourriez-vous nous dire ce que vous observez depuis ? Y a-t-il des initiatives qui vous ont particulièrement marqué ?

 

Le gaspillage est aujourd’hui un sujet auquel le public (et notamment le plus jeune) est sensible, dans une vision généreuse et bienveillante. Or il y a encore beaucoup à faire en la matière. De la pédagogie, bien sûr, mais pas seulement. Les acteurs de l’alimentaire doivent aussi revenir de la course au volume observée notamment dans la grande distribution. Je parlais tout à l’heure de la fin prochaine de la « course à la consommation ». Cela passe aussi par une notion très simple : celle de la « bonne dose ». On voit déjà des initiatives sur ce sujet, comme Charral par exemple, qui propose une gamme de Steak Haché pour les « Petites faims ». Là encore c’est toute la chaîne de la production à la commercialisation qui doit évoluer pour répondre à cette demande de plus en plus présente chez le consommateur, qui considère chaque jour un peu plus qu’un produit, même moins cher que les autres, s’il est a moitié jeté, est trop cher.

 

Enfin, quelle est, selon vous, la responsabilité des acteurs du marché de l’alimentation, dans l’évolution de ces tendances de consommation que vous décrivez et analysez au quotidien ?

 

Elle est énorme pour les industriels et les distributeurs. Le consommateur achète de plus en plus ce dont il a besoin, au moment où il en a besoin. Là encore la « bonne dose » est donc un des grands combats. La responsabilité est énorme pour toutes les parties prenantes de l’industriel au consommateur. La démarche Disney Tous En Forme (manger bien / bouger plus) est donc tout à fait pertinente car c’est le rôle de Disney, qui s’adresse directement aux enfants et aux parents, et qui a donc de fait une responsabilité auprès d’eux.

Pour prendre deux exemples de problématiques majeures de santé aujourd’hui, l’obésité et des accidents cardio vasculaires, toutes deux sont directement liées à la responsabilité des parents dans l’alimentation de leurs enfants, et dans le manque d’information qu’ils ont à disposition, ou de solutions alternatives à une nourriture peu appropriée. Donc tous ceux qui peuvent informer, sensibiliser, inspirer, et mener à de meilleurs modes de consommation doivent le faire. Disney en fait donc forcément partie. Disney Tous En Forme assume tout à fait ce rôle là, de manière très pertinente.